Dans un monde régi par la stupidité, donc par les stupides, j'ai l'éloge facile quand je rencontre, comme disait Schopenhauer, un "Mensch". Je dirais que je suis même avide de trouver quelqu'un à louer, car chaque fois que je le fais, je me donne à moi-même un nouvel espoir, pour l'humanité, mais fort probablement aussi pour moi-même, dans cette humanité.

Mais le petit vademecum que vous avez composé représente à mes yeux une telle somme de travail que je me sens incapable d'en faire vraiment et honnêtement l'éloge. Je ne sais même pas où commencer. Vous me faites penser à Diderot qui voulut enfin utiliser pleinement l'invention de l'imprimerie pour donner accès au peuple sachant lire - et selon Taine, il y avait plus de Français sachant lire à l'époque de Diderot qu'au moment de la guerre de 1870 - tout le savoir de son temps.

Pour votre petit vademecum, je dirais que vous avez été une sorte de réparateur culturel : vous avez choisi des sujets que tout le monde devrait posséder, mais qui ne sont en fait enseignés nulle part, ou seulement par bribes, au hasard de rencontres, d'articles de presse, d'émissions de télévision. Mais sans unité, sans système. Et dans un esprit qui ne semble pas toujours être celui de la formation de l'homme, d'un homme complet, l'esprit de la paideia des Grecs, nos maîtres inégalés dans le domaine de la formation de l'homme.

Je ne vois pas sur le marché de l'édition professionnelle un ouvrage rassemblant en si peu de pages, 136 pages, autant de matière, autant de faits, d'adresses, aussi d'internet, avec des liens entre les éléments, dans toutes les directions.

Vous avez ouvert tant de portes que je me demande en outre comment vous avez fait pour vous imposer des limites. Rien que cette discipline m'aurait, je crois, paralysée.

J'apprécie beaucoup aussi que ayez ajouté un index, idée à laquelle beaucoup d'auteurs et d'éditeurs en France ne semblent pas encore avoir pensé.

Et ce travail conforte aussi l'une de mes observations : s'il semble qu'il ne faille plus beaucoup compter sur les tenants des sciences dites humaines pour agir sur la formation de l'homme - un échec complet de notre époque selon le philosophe Martin Heidegger - un espoir réside du côté des tenants des sciences dites exactes. Il n'est donc pas étonnant du tout que ce soit un chimiste qui soit l'auteur de cet ouvrage : pour redevenir précis avec, sur et pour l'homme, il faut d'abord l'avoir appris avec la terre et tout ce qui y est mesurable.

Bien que me sachant parfaitement incapable d'avoir et de donner la mesure de votre travail, je me permets de vous adresser mes très vifs sentiments d'admiration pour votre patience et votre méticulosité de fourmi, ou de castor ou d'araignée et d'autres êtres vivants capables de réaliser des choses dont l'individu humain ne semble que rarement capable.

Manfred-Christian Stricker, journaliste